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 La grandeur n'est pas définie par la taille. | Ferdinand Wieder


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MessageSujet: La grandeur n'est pas définie par la taille. | Ferdinand Wieder   Sam 22 Avr - 1:44

La grandeur n'est pas définie
par la taille.
Il n'est pas nécessaire de partager le même sang pour définir qui fait partie de la famille. Ferdinand Wieder & Rémi Selwyn
La voiture oscille au gré des creux et des courbes de la route. Les beaux quartiers de Londres ne sont pas en aussi mauvais état. Mais l’endroit où je me dirige ne se trouve pas dans les riches quartiers, même si, le lieu en lui-même est fort impressionnant.

Je lève tranquillement les yeux de mon vieux calepin aux pages racornis par le transport et l’utilisation. Je ne dirais pas que j’aime observer la flore urbaine en décrépitude, mais malgré le fait qu’il en dégage une grande tristesse et un mal être malsain, je la trouve fascinante. Toutes ses vies échoués de par et d’autre. Il  y a un désespoir palpable en ses lieux. Un aura qui en est presque oppressant. Les immeubles défraîchis habitant pour la plupart des familles en difficultés financières, et plus souvent qu’autrement en difficulté émotionnelle aussi. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il aide grandement, pour certain aspect en tout cas. Pour le reste, ce ne sont que des  constructions abandonnées squatté par des sans-abris, des drogués ou bien des travailleuses de la nuit bien rodés.

Je toussote pour prévenir le chauffeur de taxi que je vais lui adresser la parole. Certains humains, moldus ou sorcier, ont une forte difficulté à faire deux choses à la fois, c’est-à-dire conduire et être surpris. Et vu ce qui c’est passé la dernière fois, j’aime mieux prendre mes précautions. Une nouvelle visite dans un faussé ne m’intéresse gère. J’avais du usé de la magie, pour ne pas que nous mourrions tous les deux. Heureusement, ma famille et moi-même avons quelques contacts au ministère de la justice ce qui m’a empêcher d’avoir plus de problème que nécessaire. Les étudiants n’ont pas spécialement le droit d’utilisé la magie hors de Poudlard et cela, encore moins lorsqu’un moldu se trouve dans les parages pour attester de cette dite utilisation. Mais bon, notre embardé avait passé fort inaperçu auprès de différents potentiels témoins. Donc il n’avait fallu qu’une légère altération de la mémoire de l’autre principal concerné pour que l’histoire soit réglée et enterrée.

Je vois le chauffeur relever rapidement les yeux vers le miroir pour me regarder, le contact de nos yeux ne dure qu’une demi-seconde, mais c’est assez pour que son attention auditive soit dirigée vers moi. « Vous pourrez arrêter au prochain coin de rue, je ferai le reste à pied. » Il lève un sourcil, probablement surpris par ma requête.  Il conforme mon intuition rapidement tout en se grattant l’arrière de la tête. « Vous êtes sur mademoiselle ? Parce qu’ici ce n’est pas très sur pour des jeunes filles comme vous, et je ne voudrais pas qu’il vous arrive quelque chose. » J’ai envie de lever les yeux au ciel, mais je ne le fais pas. À la place, je lui souris gentiment. Enfin, le plus gentiment dont je suis capable. « Merci de votre sollicitude, mais sincèrement, je vais me débrouiller, merci. » Très peu convaincu, il arrête tout de même la voiture et je lui paie ce que je lui dois pour la course. J’empoigne ma valise et descends du véhicule en claquant doucement la porte derrière moi. Je sens son regard posé sur ma nuque pendant que je marche, il doit attendre de voir ou je vais, mais je ne lui en laisse pas l’occasion puisqu’au bout de l’intersection, je tourne et disparais derrière une vieille baraque qui aurait grandement besoin d’amour.

Je comprends cet homme d’avoir peur pour ma personne. Enfin, en partie, puis qu’il s’agit vraiment d’un quartier malfamé, mais je n’avais point le choix sur la marche à suivre, enfin, si, j’aurais pu ne pas prendre de taxi et venir par un moyen un peu plus sorcier, mais j’aimais bien les longue balade dans les voiture moldu. Cela me permet de me laisser aller et d’oublier, pendant quelques instants mes soucis quotidiens.

Je marche encore quelques minutes lorsque qu’une énorme goutte d’eau vient s’écraser contre ma joue. Je lève les yeux vers le ciel gris. Une autre goutte me tombe sur le nez, puis finalement, une averse monstre éclate. J’accélère un peu le pas.  L’eau n’a jamais vraiment été un inconfort, mais je dois avouer que je préfère grandement la pluie lorsque je suis nue qu’habillée.  Quelques mètres plus loin, je tourne un autre coin et j’aperçois enfin ma destination. Décombres d’un théâtre qui aurait certainement dû être grandiose, mais qui n’avait, au final été que des ruines chancelante.  Décore aussi triste que le reste de ce quartier.

J’avance en enjambant adroitement les pousses de mauvaises herbes qui  encombrent une bonne partie du terrain. Devant moi, ce trouve une vieille palissade, de vulgaires planches de bois que le temps a bien amochées.  J’en pousse une d’une main, sachant pertinemment laquelle je dois bouger. En un claquement de doigts, le voile magique se lève et sous mes yeux, un énorme manoir apparaît. Deux sphinx trônent devant la demeure, sculptures magnifiques et gigantesques, marquant à eux seules l’incroyable richesse de l’hôte. À mon avis, c’est d’une grande ironie que de caché autant de richesse derrière un paysage sociale aussi pauvre, même si c’est une cachette absolument fantastique je dois le concéder.  À moins de savoir pertinemment ou chercher, cet endroit reste un mystère pour celui qui ne sait pas.

Je prends une grande inspiration avant de me diriger vers l’immense entrée.  Deux valets attendent, droit comme des piquets, encadrant la porte.  J’avance et l’un d’eux m’ouvre la porte et s’efface pour me laisser passer. C’est un cadre tellement officielle que j’en oublie presque qui je viens voir.  Un majordome vient m’accueillir dès que j’entre. « Bonjour mademoiselle Selwyn. M. Wieder vous attend au salon. Puis vous débarrasser de votre manteau et de votre bagage ? » Même si la demande est posé sous forme de question, ce n’est que pour la forme,  nous savons tous les deux comment cela ce passe. Alors je lui tends mes effets, avant qu’ils ne disparaissent d’un claquement de doigts. « Veillez me suivre s’il-vous-plait. » Je hoche la tête avant de lui emboîter le pas, même si, depuis le temps, je connais le chemin vers le salon. J’ai toujours trouvé le décore absolument époustouflant. Le maitre des lieux à un gout raffiné pour tout ce qui touche à l’art. Certain des portraits nous suivent simplement du regard, d’autre nous accompagne littéralement jusqu’à notre destination.  

L’homme ouvre une autre porte en bois lourdement ouvrager avant de m’annoncer et de quitter discrètement les lieux sachant que sa présence n’est plus requise.  J’entre et souris chaleureusement à l’homme se trouvant devant moi. « Je suis bien heureuse de vous revoir. » Dis-je avant de m’avancer un peu plus vers mon parrain.


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MessageSujet: Re: La grandeur n'est pas définie par la taille. | Ferdinand Wieder   Sam 22 Avr - 23:30


Tous les portraits ne semblaient rien faire d'autre qu'écouter. Ecouter les chants soudains, musclés, viriles et féminins, saccadés, rythmés et soudains. Ecouter ces voix en choeur chanter les fameux chants profanes, les très célèbres Chants de Buern, plus généralement connus sous le nom des Carmina Burana.
Ils entendaient les chants soudains de la Fortuna Imperatrix Mundi. La Fortune Impératrice du monde, roue implacable qui décide des saisons comme des maladies. Ô Fortuna, déesse impitoyable qui donne la richesse aussi vite qu'elle la reprend. Toutes ces oreilles figées par l'art écoutaient un autre art. C'était comme si les mots latins pénétraient les couches de peinture, traversaient les toiles. Les morceaux d'âmes accrochés par les peintres vibraient à ces cris d'une Fortune impitoyable, Imperatrix de misère. Ils se sentaient pris par cette force musicale qui les unissait les uns les autres. Enfin, ils devenaient quelqu'un. Enfin, la frontière entre la réalité imparfaite et l'art immortel se brisait. Tous ne faisaient qu'un, au milieu de cette pièce d'où résonnait l'importante musique.

Au centre de la pièce, deux canapés ouvragés en argent et cinq fauteuils avaient été installés sur un tapis venu des Gobelins, lui-même posé sur le plancher poli et de qualité. Une immense pièce, remplie de tableaux, avec seulement ces sept meubles séparés par quelques guéridons. De chaque côté du salon, deux grandes cheminées de marbre laissaient voir un feu dévorant un bois livré à son propre destin. Et, dans un coin, posé sur une commode Louis XVI, un gramophone, qui s'époumonait presque à force d'hurler les scansions latines des Carmina Burana.
Ferdinand Wieder trônait seul, dans son salon aux portraits, un verre de vin dans une main, une cigarette dans l'autre. Vêtu comme il en avait l'habitude, sa mine maniérée et élégamment coiffée laissait voir une froideur telle que les portraits, bien qu'irréels, semblaient alors plus humains. Le regard glacial, fixant on ne savait quoi dans le vide de la pièce, ne laissait voir qu'un homme soudainement seul.
Seul, il l'était et le demeurerait jusqu'à sa mort. Seul dès sa naissance, lui le fils d'un couple qui ne s'aimait pas, fils d'un couple uni à cause du viol, frère de la progéniture de la monstruosité. Seul, il l'était toujours, entouré de courtisans qu'il avait voulu sien pour mieux les éloigner de qui il était réellement. Vaste comédie humaine dont il était l'imposant démiurge. Metteur en scène cependant voué à la certitude que, dans ce monde et pour cette vie, son bonheur à lui n'arriverait jamais.

Quelques heures plus tôt, au déjeuner, il avait reçu.
C'était l'expression à la mode des mondanités depuis des siècles. Recevoir et être reçu. Certains y consacraient toute leur vie. Leurs journées entières n'étaient consacrées qu'à ce mouvement de va et vient d'invitations mutuelles. Certains y voyaient la fortune future de leur famille, d'autres une promotion au travail, certains encore y trouvaient une distraction amusante et d'autres encore une raison de vie ou de mort. Tout était alors mis en question. Quelques uns avaient même eu l'idée d'en écrire des livres. Guides de bonne tenue dans un dîner mondain. On y apprenait à tenir sa pince à asperger, à servir la soupe - qu'on appelait d'ailleurs potage, la soupe étant réservée aux quelques couches populaires -, on y apprenait à bien mélanger les vins afin qu'ils soient au mieux en lien avec tel ou tel plat. L'un était sucré, on flattait la robe d'un autre et le tour était joué. La femme ne recevait qu'assise, tandis que l'homme se devait d'aller à la rencontre de son invité. On plaçait les invités autour d'une table dans un ordre suivant l'honneur duquel il ne fallait pas déroger.
Autant de règles maîtrisées à la perfection par un Ferdinand Wieder qui les vomissait dès qu'il le pouvait, écrasé par ces mondanités qu'il contrôlait pourtant si bien.
Et lorsque l'on déjeunait chez le Directeur du Département de la Justice Magique, Président du Magenmagot, Juge émérite du Magenmagot, ancien Ambassadeur Magique d'Allemagne en France, ancien Vice-Chancelier Magique d'Allemagne et ancien Ministre Magique des Affaires Etrangères de la Chancellerie Magique, on n'y allait pas n'importe comment et en disant n'importe quoi. Beaucoup de titres qui rendaient le bonhomme crucial dans les cercles d'influence mondaine, principalement composés de Sang-Mêlés arrivistes et de Sang-Purs bourgeois ou aristocrates rompus aux us et coutumes d'une telle société.

« On raconte, cher Ferdinand, que votre candidature à la Confédération fait grand bruit et qu'elle va être validée à l'unanimité.
Disons plutôt, très chère, que le processus suit son cours et que les choses viendront en temps et en heures. Mais ce n'est que le résultat d'une très longue dévotion à la Sorcellerie. Et de beaucoup d'heures de travail !
»

Eclats de rires hypocrites, le baron de Saint-Clair manqua même de s'étouffer avec le morceau de veau qu'il venait d'avaler tant bien que mal, en évitant d'avaler son dentier par la même occasion.

« Et ce pauvre Powell qui a dû renoncer à sa candidature. C'en est véritablement pathétique. Je me demande par quelle sotte idée il nous est venu d'être dirigé par un homme aussi incompétent !
— Il est aimé du peuple, Gilberte, que voulez-vous. Ce qu'il se passe au niveau un du Ministère, hélas, est bien en-deçà des espoirs que se fait ce même peuple. Simulacre de démocratie !
»

Grognements d'assouvis de la société, riches à en faire mourir toute un quartier appauvri par la famine. Le baron de Saint-Clair manqua même, à nouveau, de s'étouffer avec l'autre morceau de veau qu'il venait d'avaler tant bien que mal pour profiter de la finesse de la viande choisie par son hôte. Tout de même.

« Quand même, cher Ferdinand ! Vous nous décevez !
Pourquoi donc, chère amie?
— Nous comptions sur vous pour nous prendre ce Ministère une bonne fois pour toute. Et vous voilà sauvé !
Je vise plus grand, ma chère. Et tout ce que je prends, entendez-le bien, n'est jamais que pour la Sorcellerie et la cause en laquelle je crois au plus profond de mes entrailles.
»

Silence d'hommes et de femmes circonspects de s'être ainsi ridiculisés. Le baron de Saint-Clair n'eut à peine le temps d'avaler son troisième morceau de veau pour que lui vienne à l'esprit le constat que l'homme qui les avait invités à déjeuner les tenait tous d'une manière qui lui échappait et qui, désormais, le terrifiait.
Et tout cela n'était que le début d'un vaste plan.

Et après avoir été forcé de supporter les principaux membres du Parti Puriste et Conservateur d'Angleterre, Wieder avait été forcé de s'isoler une fois que tous s'étaient éclipsés non sans mal ni discrétion.
Ces gens-là, par leur argent, tenait dans leur main une partie de l'Angleterre. Ils étaient la base financière du futur gouvernement tenu par des Mangemorts, des Conservateurs et des Puristes de renoms. Ils étaient les relations de l'ombre, celles qui, par leur argent et leur soutien, permettent aux grandes entreprises idéologiques de voir le jour.
Depuis l'Allemagne, Wieder avait fait entrer ce petit parti politique dans ses habitués. Au fil des années, il avait augmenté la somme de ses cotisations, donnant parfois un montant indécent à ces hommes et à ces femmes racistes, vaniteux, cupides et profondément inhumains. Wieder, et quelques autres, avaient été les principaux contributeurs d'un petit parti qui, au fil des années, avait pris de plus en plus d'importance. Avec cet argent, ils avaient pu s'entourer d'esprits plus qualifiés. Leurs campagnes électorales s'étaient montrées plus vigoureuses, fines, innovantes et percutantes. Ils étaient, eux aussi, les rouages d'une importante machine que Ferdinand mettait en place depuis des décennies. Une organisation telle qu'il deviendrait difficile, une fois Voldemort revenu, de résister.  

Mais à ces exercices d'influence s'ensuivaient de longues heures de solitude.
Le Directeur du Département de la Justice Magique s'isolait. A lui les nombreux ouvrages qui l'attendaient dans son bureau, à lui les innombrables cigarettes qu'il fumerait et les nombreux verres de vin qu'il se servirait. A lui les interminables moments où son esprit, enfin, s'apaiserait, où le bruit du monde ne parviendrait pas à passer les remparts qu'il s'était construit. Dans sa forteresse, en haut de sa tour d'ivoire, toutes ces choses ne l'atteignaient plus. Il n'était plus que certain de la justice et de la reconnaissance de la Sorcellerie, persuadé qu'il contribuait à rendre le monde pur, lui l'entaché dès la naissance. Il devenait le chevalier qu'il n'avait jamais pas eu être, se battant corps et âme pour une cause qui, au moins, donnait du sens à l'absurdité d'un monde qui, dès sa naissance, lui avait mis des bâtons dans les roues. Il devenait, enfin, quelqu'un.

A cette solitude, il avait accepté d'accueillir une jeune Selwyn dont il était le parrain.
Il fallait avouer que le sens de la famille avait quelque chose de très particulier chez Wieder. S'il s'était empressé de supprimer son frère aîné jugeant qu'il ne mettait pas suffisamment de lui dans la réussite des Wieder - mais surtout, avouons-le, du Purisme, il avait été aussi rapide pour tenir à distance toute notion de dynastie familiale. Ainsi en Angleterre, bientôt à la Confédération Internationale de la Sorcellerie, Wieder était Ferdinand Wieder. Ses parents étaient oubliés. Son grand-frère était oublié. Il s'était construit sa propre stature et en attendait autant de chaque Sorcier. Que chacun prenne en main la pureté de son Sang et se relie à la Juste, Belle et Puissante communauté Sorcière.
Aussi, être le parrain dans une famille d'Angleterre d'une enfant qu'il ne verrait que très peu n'avait de sens qu'en politique et en alliance, pour l'habile et mielleux Wieder. Il s'assurait du soutien des Selwyn et gardait un oeil bienveillant sur leur progéniture.

L'adolescente qui venait passer le week-end dans cet immense manoir avait rapidement intéressé le politicien. Son avenir, lui avait-elle dit dans l'impressionnante correspondance qu'ils avaient tenue tous les deux, elle le voyait dans les voyages, à la découverte d'une Sorcellerie aussi belle que puissante. Elle n'était donc pas une Selwyn comme les autres, comme lui qui n'avait pas été un Wieder comme les autres. Elle semblait vouloir prendre en main un destin qu'elle s'était elle-même tracé, en dehors de la normalité voulu par un quelconque dictât.
Elle avait donc tout pour attirer l'oeil malin, solitaire, autodidacte et curieux de son politicien de parrain.

Elle arriva comme convenu en fin d'après-midi, avant même la réception que Wieder avait organisée pour que la jeune femme se tisse des liens.
Il lui fallait s'entretenir avec elle. Non pas lui donner les idiotes leçons de mondanités, qu'elle avait commencé à apprendre par elle-même, à son image, lui le bambin qui caracolait à quatre pattes dans les salons du manoir Wieder à Berlin. Il voulait la pousser contre les murs de sa propre conception des choses, la faire se contredire, la pousser à hurler toutes les ambitions qu'elle avait. Il voulait révéler en elle tout ce qu'il y avait de plus vivant, de plus humain. Comme si, au fond, il cherchait à voir chez les autres, et donc chez cette gamine, ce qu'il n'avait plus en lui.

Les chants ne cessèrent pas quand elle entra dans le salon aux portraits.
Ferdinand se leva, écrasant sa cigarette dans le cendrier ouvragé en argent posé sur le guéridon. Bien que petit et sensiblement enrobé, le Directeur de la Justice Magique avait de la tenue, une élégance aristocratique dont il n'aurait jamais se dépêtrer malgré tous les efforts du monde.
Pendant un instant, ils semblèrent être deux acteurs qui venaient d'entrer sur scène. Prêts à réciter, eux aussi, les Carmina Burana, prêts à crier leur rage contre cette Fortuna implacable.
Puis il se rapprocha, tenant toujours son verre de cristal rempli de vin rouge dans sa main potelée et mielleuse. Un sourire doucereux se dessina sur son visage, comme un enfant qui revoit une amie qu'il n'a pas vue depuis de longues semaines.

O Fortuna
velut luna
statu variabilis
semper crescis
aut decrescis
vita detestabilis
nunc obdurat
et tunc curat
ludo mentis aciem,
egestatem,
potestatem
dissolvit ut glaciem.


« Entendez-vous, chère enfant? Wieder chuchotait, tandis que les psaumes latins ne cessaient d'être inlassablement scandés. Nunc obdurat et tunc curat ludo mentis aciem,
egestatem, potestatem. Jamais elle néglige pas plus qu'elle ne ménage, par le jeu de notre esprit, la pauvreté ou le pouvoir. Vous l'entendez, n'est-ce pas? Egestatem, potestatem. La pauvreté et le pouvoir. Tout n'est que changement, très chère. Ne vous appuyez que sur vous-même.
»

Wieder tourna des talons et fit un léger mouvement de main vers le gramophone qui s'empressa de baisser d'un ton. On entendait toujours l'opéra, de loin. Les portraits, eux, semblèrent soudainement surpris de se trouver là. L'action avait changé. Elle était désormais devant leurs yeux.

« Comment s'est déroulé votre voyage, très chère? J'ai su qu'il vous avait fallu bien des détours administratifs pour que ce vieux et cher Dumbledore vous laisse sortir de sa forteresse éducative. Un berger veut toujours garder en son giron les brebis qu'il veut élever à sa manière, n'est-ce pas? Vous n'êtes pas de celles-ci, je le crois. »

Wieder se réinstalla dans son fauteuil et fit un geste affable et élégant pour indiquer à la jeune fille qu'elle pouvait s'installer.
Après tout, elle allait rester ici un petit moment.

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« Wider, en ancien allemand Widar ou Widari, signifie "contre", "face à", parfois "envers". Et il lançait des exemples en l'air: Widerchrist, "antéchrist"; Widerhaken, "crochet, croc"; Widerraten, "dissuasion"; Widerklage, "contre-accusation", Widernatürlichkeit, "monstruosité" et "aberration". Tous ces mots lui paraissaient hautement révélateurs. » R. Bolaño, Etoile distante
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